Mimetic Trasmutation

Aujourd’hui, samedi 22 décembre s’ouvre l’exposition Mimetic Transmutation de Carla Sello au Centre d’Art Citadines, un titre énigmatique évocateur d’organismes génétiquement modifiés et d’insolites réactions chimiques. C’est donc avec une certaine curiosité que les visiteurs poussent la porte vitrée, les  antennes dressées tels des escargots tentant la sortie après la pluie battante de la journée. Carla, en parfaite maîtresse de cérémonie, a organisé pour l’occasion un micro concert et une projection vidéo. Juste le temps d’apercevoir le résultat des expériences alchimiques de l’artiste, une succession de précipités multicolores avec un seul protagoniste, le plastique, l’assistance se rassemble pour une introduction sur l’exposition suivie de la performance musicale du duo australien Kim Cunio – Heather Lee, clavier et voix, qui interprètent la chanson de Joni Mitchell, Woodstock, au refrain suggestif: “nous sommes de la poussière d’étoiles, nous sommes de l’or…” Puis on visionne une vidéo coréalisée par Kim Cunio et Carla Sello, la musique de Kim accompagnant les compositions de Carla en fondu-enchaîné.

Après ce prélude multimédial on s’éparpille à voir les oeuvres. Le public est sans doute initialement dérouté par la nouvelle production de l’artiste Italienne, récidiviste au Centre d’Art avec plusieurs expositions de mandalas. Aux métaphysiques géométries du symbole sanscrit ont succédé de spectaculaires implosions-explosions capturées sous le microscope intérieur de l’artiste. L’oeil se promène dans ces paysages moléculaires avec un certain vertige, devant adapter sa vision de l’infiniment petit à l’infiniment grand.

“J’ai commencé ma recherche sur le plastique pour évader des mandalas – raconte Carla – et ce faisant, j’ai simplement remplacé une obsession par une autre. Je passe un temps considérable à recueillir des objets, à les découper, à les composer sur la toile par forme et par couleur avec une méthode de thermofusion que je perfectionne encore aujourd’hui.  Et regardez, on peut en jouer comme d’un tambour, chaque toile a un son différent”. Elle avoue une passion pour la science. “Tout me fascine, de la physique quantique à l’intérieur du corps humain”, dit elle devant une série d’oeuvres qui évoquent irrésistiblement les synapses du cerveau, la circulation sanguine, les cellules.

Mais le déclic, le coup de foudre, c’est un macro cliché de la peau d’un caméléon (elle naît comme photographe). Dès lors elle n’a plus qu’une idée en tête: en reproduire les couleurs irridescentes, la texture du tissu vivant. Puis l’intuition, la rencontre avec le plastique. C’est sans doute un paradoxe extrême que de parler de nature par le biais de polymères synthétiques, mais après tout quand on parle d’art, ne s’agit il pas toujours d’impossible qui devient possible? D’insoutenables mutations?

Depuis son entrée dans notre vie quotidienne à la fin du XIXème siècle, bien avant de devenir Ennemi Public Numéro Un de notre monde compromis, le plastique n’a cessé de fasciner les artistes. Dans les années 80, les représentants de la Nouvelle Sculpture Anglaise Tony Cragg et Antony Caro se sont mis à récupérer et à recomposer systématiquement les déchets de plastique, selon la formule de Lavoisier rien ne se crée tout se transforme. En opposant ainsi au mouvement perpétuel de la société de consommation qui produit, dévore et jette les objets, l’acte volontaire de la création par le recyclage, les artistes affirmaient haut et fort la suprématie du concept de régénération. Carla aujourd’hui manipule les matières plastique, comme un charmeur de serpents, comme un mangeur de feu, pour exorciser le danger, pour affirmer à travers la victoire de l’art sur la catastrophe que la beauté sauvera le monde.

Citadines, 6h. du soir. Dans la lumière du crépuscule, des arbres et des serpents muent , des épidermes tombent de corps scintillants, de nouvelles connections se créent, et les visiteurs attardés, peut être victimes d’incandescentes proliférations cellulaires rêvent de prélude à la métamorphose.

Nous sommes de la poussière d’étoiles.

Dominique Jacques, December 2018