Auroville from Above by Om & Julie

Quand en 2017 Om et Julie décident d’acheter un drone, ils n’imaginent pas à quel point cette démarche changera leur vie.

“La terre vue du ciel” de Yann Arthus-Bertrand avec ses photos prises d’helicoptère parait en 1999, déclenchant chez les chasseurs d’images l’envie de défier la pesanteur. Les drones, sans égaler les performances d’un avion ou un hélicoptère, libèrent les photographes en leur offrant des points de vue radicalement nouveaux.

La dronemania a depuis envahi le monde entier.

Auroville ne fait pas exception. Mais les possesseurs de drone qui désirent se procurer une autorisation de filmer ou photographier à Auroville voudraient en général se limiter à survoler le Matrimandir pour en faire de spectaculaires cartes postales.

Ce que recherchent Om et Julie est beaucoup plus ambitieux.

Leur but, c’est de montrer Auroville comme personne ne l’a encore fait.

Après les premières photos et la progressive maitrise de l’appareil, ils se rendent compte de l’immense potentialité de leur outil et décident de documenter Auroville dans son intégralité. Leur démarche, cependant, n’est en rien documentaristique, mais artistique et créative: il s’agit de révéler la beauté inédite d’un paysage qui s’offre toujours à nous à l’horizontale, et de facon partielle, à cause de l’omniprésence de la forêt. La vision zénithale révèle au milieu du vert, des gemmes précieuses comme des diamants sertis: la géometrie des constructions, des clairières, des cours d’eau, un paysage aussi surprenant que celui d’une planète à peine découverte.

Om et Julie, explorateurs du ciel, réalisent des centaines de clichés, subissant une métamorphose, devenant photographes professionels à plein temps.

C’est en 2018 que l’idée s’impose: il faut en faire un livre. Le projet démarre en 2019, avec le support de SAIIER.

“Nous avons essayé d’organiser le travail -raconte Om- en partant du Matrimandir, et en élargissant progressivement le champ d’opération, délimitant le territoire par zones, forêts,  écoles, communautés, etc…, puis en elargissant encore, Kuyilapalayam, les fermes, la green belt…. En fait, suivre une méthode est presque impossible, parce qu’on ne peut rien prévoir, tout change selon l’heure, la lumière, le temps. Ce que nous essayions de montrer était parfois difficile à réaliser, et pas toujours à la hauteur de nos attentes. Par contre il y avait des surprises, des endroits si beaux, vus d’en haut, qu’on ne pouvait qu’y retourner, aux changements de saison par exemple. Un peu de pluie peut métamorphoser un paysage.”

L’expérience acquise au fil du temps leur permet d’interpréter certains signaux, anticiper les perceptions, comme si la vue n’était plus seulement l’apanage de l’oeil, mais de tous les sens, comme s’ils avaient le pouvoir, à l’instar de leur gadget volant, de se projeter dans les airs et embrasser l’horizon a 360 degrés.

Ils apprennent à conjuguer les ciels et les terres, à devenir fluides et mouvants.

Au bout d’un moment, le matériel est si abondant qu’il faut se rendre à l’évidence: le livre ne suffit plus. C’est alors qu’ils décident de faire une exposition.

“Livre et exposition sont indissociables, l’une est seulement le prolongement de l’autre -dit Julie- d’ailleurs le livre sera presenté le jour du vernissage.”

L’exposition est une journée, de l’aube au crépuscule, une parcelle de révolution astronomique, un voyage intérieur comme celui qu’ont accompli les deux artistes.

Auroville -comme promis- comme vous ne l’avez jamais vue. Les infrastructures, routes, terrains de sports, édifices  et lignes électriques émergeant de la forêt tels des vestiges aztèques, les architectures poussiéreuses ou saturées de vie d’une nature omnivore, la perfection d’eaux et de ciels de matins de création, des humains minuscules et leur ombre portée dans l’or du soir.

Les photographies sont accompagnées de textes de Mère et de Sri Aurobindo, qui nous parlent de tout ce qui sous-tend la creation d’Auroville, comme un commentaire qui n’en est pas un, mais plutôt une question comme si les images elles mêmes demandaient: sommes nous à la hauteur du rêve?

Sans réponse, sans jugement.

Juste une vision.

Dominique Jacques/Centre d’Art Citadines, Nov 2020

 

By |2021-01-14T10:26:09+05:30janvier 14th, 2021|

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