into the…

par ezhilarasan ezhumale

Du 19 novembre au 4 décembre 2021

Lundi à samedi 10h-12h & 14h-17h

Vernissage vendredi 19 novembre à 16h

“Un endroit pour les gens”

Dans l’art, la dominance de l’abstraction a abouti au retour à la forme humaine. C’est le cas dans le parcours artistique d’E.Ezhilarasan. Ayant travaillé dans le passé avec un langage qui serait classé comme “abstrait” ou “semi-abstrait”, dans sa série actuelle d’œuvres la figure revient avec emphase. Les raisons de ce changement sont l’envie de capturer la condition humaine et les moments qui nous rendent humains. On pourrait aussi situer cette transition dans le contexte plus large de la conscience socio politique croissante de l’artiste, ainsi que des conditions engendrées par la pandémie – isolement, perte de moyens de subsistance, conflits homme-animal, modification des modes de consommation et du processus d’altérité des personnes en fonction de leur identité.

Dans l’art, la dominance de l’abstraction a abouti au retour à la forme humaine. C’est le cas dans le parcours artistique d’E.Ezhilarasan. Ayant travaillé dans le passé avec un langage qui serait classé comme “abstrait” ou “semi-abstrait”, dans sa série actuelle d’œuvres la figure revient avec emphase. Les raisons de ce changement sont l’envie de capturer la condition humaine et les moments qui nous rendent humains. On pourrait aussi situer cette transition dans le contexte plus large de la conscience socio politique croissante de l’artiste, ainsi que des conditions engendrées par la pandémie – isolement, perte de moyens de subsistance, conflits homme-animal, modification des modes de consommation et du processus d’altérité des personnes en fonction de leur identité

Ces expériences sont véhiculées par un matériau récepteur et se transforment en œuvres d’art. En travaillant avec des parpaings utilisés pour la construction, il cisèle des formes anthropomorphiques qui, comme le matériau lui-même, parlent de la résilience et de la force de ceux qui sont impliqués dans l’agriculture. Certaines de ses sculptures sont également réalisées avec du mastic, un matériau qui se prête aux méthodes de sculpture spontanées. Ici, le calme produit par le moulage et la mise en forme d’un matériau souple complète le sens des œuvres. Le processus de labourage, de semis, de culture, de récolte et de vente des produits est exigeant. Mais, contrairement à la perception populaire, il y a aussi de la joie dans une telle vie. Cet aspect est représenté à travers des figures qui se reposent, se détendent et contemplent au sein de leur environnement immédiat. Dans un monde à la recherche d’un autre espace où trouver de telles expériences , ses personnages montrent que de tels moments de transformation peuvent aussi arriver ici et maintenant.

Le corps humain est un index de l’esprit. Ezhilarasan observe et met en lumière les aspects du corps humain, ses mouvements, ses actions réflexes et ses postures qui reflètent des états d’esprit allant du repos à la force. Dans ses œuvres, le corps et l’esprit, qui sont synchronisés entre eux, sont également à l’aise dans l’environnement qu’ils occupent. La figure et l’environnement, dont certains sont créés à partir de matériaux trouvés dans l’environnement immédiat de l’artiste, s’entremêlent en insufflant un élément d’abstraction à la figure et en élargissant en même temps les limites de la forme humaine. Contre une vie réduite aux dimensions minuscules du smartphone, ses personnages appartiennent au cosmos.

La toile de fond plus large qui guide le processus de réflexion d’Ezhilarasan est un mode de vie articulé à la technologie, le smartphone, les achats en ligne et une angoisse de consommation qui ne laisse aucun espace à la nature. Ses travaux sont encouragés par des développements tels que l’arrivée des entreprises dans l’agriculture et la présence d’intermédiaires/plateformes qui privent les agriculteurs de leur individualité et de leur gagne-pain. Contextualiser les fermiers en les présentant dans leur environnement naturel, ses œuvres s’adressent particulièrement à une génération de gens qui a rarement vu un agriculteur ou ne se rend pas compte que le riz poli qu’ils mangent était autrefois une tige de paddy.

Une enquête sur les cadres qui définissent la vision relie les oeuvres d’Ezhilarasan centrées sur l’agriculture et la série de portraits au charbon de bois. De même que ses sculptures offrent une alternative à l’imagination populaire sur l’apparence d’un fermier ou sur ce que pourrait être sa vie, ses portraits présentent une alternative à la perception de la communauté musulmane et de ses activités. Contemplés avec méfiance tant en général qu’en particulier pendant la pandémie, ses portraits ont cherché à contrer cette élaboration. Pour ce faire, il utilise l’idée de la vie quotidienne comme un outil puissant. Les portraits d’individus, souriants dans leur vie quotidienne, servent à établir un terrain commun d’humanité. En outre, il représente des personnes de sexe, d’âge et de milieux divers pour mettre en évidence leur individualité par rapport à la perception populaire d’une communauté monolithique. Fait intéressant, tout en étant inspiré par des individus dans son quartier, les portraits ne sont que vaguement basés sur eux. Au lieu de cela, sa stratégie est d’observer les gens, de permettre à cette observation de faire partie de sa mémoire et ensuite de manifester cette mémoire qui fait maintenant partie de son être sur le papier. En d’autres termes, l’espace pictural est le point culminant des interactions entre le soi et l’autre qui se sont produites dans l’espace et le temps.

L’espace est la préoccupation primordiale de l’ensemble des oeuvres d’Ezhilarasan, hier comme aujourd’hui. Dans ses premières œuvres, son souci était de transmettre l’expérience de voyager à travers des espaces naturels et artificiels. Il prend maintenant une nouvelle direction thématique dans ce sujet en explorant les expériences de ceux qui occupent les marges de ces espaces physiques, sociaux et culturels. Cette exposition démontre ainsi le processus d’évolution organique d’un artiste qui plonge profondément dans un sujet et qui arrive à de nouveaux points de départ.

Vaishnavi Ramanathan historienne de l’art/curator